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  • loudebergh

La vérité sur la lumière, Audur Ava Òlafsdòttir.


« On dit que l’homme ne se remet jamais d’être né. Que l’expérience la plus difficile de la vie, c’est de venir au monde. Et que le plus difficile ensuite, c’est de s’habituer à la lumière. »


Ce n’est pas la première fois que je lis les mots d’Audur Ava Òlafsdòttir.

Je les ai découverts il y a quelques années dans Le rouge vif de la rhubarbe (2016).

J’en ai ensuite savouré toute l’essence dans Rosa Candida (2010).

Et j’ai été subjuguée par leur beauté dans L’embellie (2012), leur puissance dans Ör (2017) et leur délicatesse dans Miss Islande (2019).


La vérité sur la lumière (2021) est le dernier né de l’autrice Islandaise que j’aime tant. Et une fois encore, je dois avouer que c’est une merveille.

Évanescente, décousue, morcelée, toute de bribes et de fragments, de citations et d’états d’âme, elle n’a pas grand chose du roman classique tel qu’on l’entend.

Les critiques littéraires la qualifieraient volontiers d’ « objet littéraire non-identifié ». Et même si je trouve la formule largement galvaudée, je dois avouer qu’il y a de ça.


Pas de début, pas de fin à La vérité sur la lumière, une colonne vertébrale des plus sommaires et des personnages à peine ébauchés. De quoi en faire fuir plus d’un.

Et pourtant, la magie opère.

On la lit en quelques heures, on se promet de se souvenir de nombre de ses phrases et on en ressort le cœur léger et les yeux emplis de tendresse.

Alors s’il y a un mystère Òlafsdòttir, il prend tout son sens dans ce roman.


*


Issue d’une lignée de sages-femmes, Dyja est à son tour « mère de la lumière ». Ses parents dirigent des pompes funèbres, sa sœur est météorologue : naître, mourir, et au milieu quelques tempêtes.

Alors qu’un ouragan menace, Dyja aide à mettre au monde son 1922ème bébé. Elle apprivoise l’appartement hérité de sa grand-tante, avec ses meubles vintage, ses ampoules qui grésillent et un carton à bananes rempli de manuscrits. Car tante Fìfa a poursuivi l’œuvre de l’arrière-grand-mère, mêlant les récits de ces femmes qui parcouraient la lande dans le blizzard à ses propres réflexions aussi fantasques que visionnaires sur la planète, la vie – et la lumière.

Sous les combles, un touriste australien semble venu des antipodes simplement pour faire le point. Décidément, l’être humain est l’animal le plus vulnérable de la Terre, le fil ténu qui relie à la vie aussi fragile qu’une aurore boréale.


*


Comme dans chacun de ses précédents romans, Audur Ava Òlafsdòttir nous emporte avec simplicité, grâce et légèreté, dans un ailleurs reculé.

Plein d’images couleur pastel et de mots cotonneux.

D’une phrase d’une seul, nous voilà loin. Très loin, très haut, sur un nuage.

Dans un nuage devrais-je dire car c’est exactement la sensation que j’ai eue pendant ma lecture. Les lignes de La vérité sur la lumière, dictées par une nuit infinie, m’ont emmitouflée de leur douceur et enivrée de leur parfum.


Pas de début, pas de fin, je le disais. Pas vraiment d’histoire non plus. Aucune recherche d’efficacité dans la narration en somme.

Juste des mots, ça et là posés. Avec poésie, lenteur et bienveillance.


C’est bien simple, La vérité sur la lumière est une inspiration, une respiration.

Un souffle. Très doux.

Une réflexion troublante sur l’inconstance humaine, parsemée d’éclats de voix et d’étincelles de vérité.


On ne comprend pas tout, on est parfois perdu, mais l’on se surprend à trouver cela divin.


« L’homme vient au monde nu comme un ver et cherche un sens à l’existence. »


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