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  • Photo du rédacteurloudebergh

Lame de feu, Ingeborg Arvola.


C’est sa couverture qui m’a immédiatement attirée. Ce papier ridé de ruisseaux profonds, le velouté de la fourrure qui la grisait, et cette double tresse blonde aux reflets de terre.

J’ai été comme hypnotisée par cette image.

Et le texte qui couvrait la quatrième m’a plu sans réserve aucune. Voyez plutôt:


1859. Brita Caisa doit partir. Tombée en disgrâce, la guérisseuse de Sodankylä quitte sa Finlande natale pour se rendre à Vadsø. Sur son traineau, ses deux fils âgés de trois et onze ans : des enfants du scandale nés hors mariage. C’est sur les côtes sauvages du Finnmark que Brita espère les mettre à l’abri de la faim. Chemin faisant, la guérisseuse apporte son aide à tous ceux qui en ont besoin, qu’importe si la route vers la nord, balayée par les tempêtes de neige, s’annonce éprouvante.

Lorsqu’elle rencontre Mikkel Aska, Brita sait au fond d’elle qu’elle est arrivée à destination. Mais il est marié à une autre ; une autre qui n’a pas l’intention de laisser cette étrangère la déposséder de ce qu’elle a de plus précieux.


Lame de feu d'Ingeborg Arvola est présenté comme le premier tome d’une trilogie (les deux suivants n’étant pas encore parus) et c’est heureux car on referme le livre avec le désir chevillé au cœur d’en connaître la suite. Et si j’ai trouvé que le roman présentait quelques longueurs, je n’ai pu m’empêcher d’admirer la splendeur et le relief de cette odyssée scandinave. Sa langue brute, sensuelle et âpre, dégageant une poésie inouïe, son atmosphère à couper le souffle et ses paysages d’une beauté sans pareille. J’ai aimé la plongée dans le XIXème siècle nordique que Lame de feu constituait, la rigueur de sa narration et la véracité de son propos (inspiré de faits réels).


Mais c’est avant tout l’expressivité de sa langue dans les mots du désir qui m’a conquise. Je ne l’avais jamais si bien lu qu’entre les pages du roman d’Ingeborg Arvola. Chacune des phrases posées sur le papier bruissait de sensualité. Là résidait le désir dans sa plus parfaite forme : douloureuse, avide, sublime.


« Je porte la louche à mes lèvres. Le voilà qui arrive à ce moment-là, lui que je ne pouvais pas voir de là où j’étais, il est couvert de sueur d’avoir martelé le fer pour fabriquer les patins du traîneau. Il a trimé chez les Kyrrølaiset toute la journée. Avec eux, il a soulevé de lourdes charges, laissé le poids du marteau qui retombe tonner dans le silence du monde, et maintenant il faut qu’il boive. Nous nous tenons chacun de notre côté du seau en bois et buvons à tour de rôle, chaque lampée fait baisser le pouls du monde, jusqu’à ce que les gorgées d’eau, lentes et pénétrantes, désaltèrent les corps en profondeur. J’en avale une dernière et je lui tends la louche. L’eau coule dans sa gorge, le moustique dans les broussailles suspend son vol, le clapotement dans les marais s’interrompt, l’eau du fleuve ne se rue plus vers le fjord, car maintenant c’est la marée montante. Des forces supérieures à celles du fleuve se font jour, et le flux s’accroît brutalement ; dans le lit du torrent, les pierres disparaissent, l’eau monte brusquement le long des berges, la truite file comme une flèche à travers les rapides et la limande décrit des cercles invisibles à l’embouchure du fleuve. Une force supérieure à celle de l’eau a pris le relais.

De part et d’autre du seau, nous faisons comme si de rien n’était. Nous nous tenons chacun de notre côté et buvons, tournés l’un vers l’autre. Sur le point d’être foudroyés. Un petit fragment de l’histoire de l’humanité, des lèvres, une louche, un cou en sueur, mon regard qui attend le sien. »


Une traversée sublime, à faire sienne sans modération!


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