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  • loudebergh

Le Dahlia noir, James Ellroy.


Je n’avais pas lu de polar depuis longtemps.

Je ne suis pas particulièrement férue du genre, faut-il le préciser ? Mon esprit se montre peu enclin à l’investigation et je me mélange vite les pinceaux dans les huiles d’une palette trop complexe. Souvent, je me révèle impatiente, désireuse de faire miennes les pages à venir, « binge-readant » compulsivement, sans prendre le temps de m’arrêter sur ce que j’ai réellement sous les yeux et entre les mains.

Bref, je crois ne pas savoir apprécier le genre comme il le faudrait.


Sauf qu’il y a une semaine, je suis tombée sur une émission de La Grande Librairie de François Busnel consacrée au maître dudit genre : James Ellroy. Emission passionnante s’il en est, et occasion pour moi de réaliser que les aprioris, cela allait trois minutes et qu’il était peut-être temps d’y mettre fin. Le lendemain, je me rendis à la bibliothèque et choisis celui que l’on me conseilla alors, sans doute le plus connu de l’auteur, certainement le plus marquant. Un coup de poing me disait-on.


Fière comme un pape et heureuse comme à chaque fois que je sors de la bibliothèque avec ce que je considère comme mon trésor temporaire, je rentrais chez moi avec mes 559 pages sous le bras, impatiente à l’idée de les dévorer d’une traite. Et croyez-moi, si je n’avais pas eu à faire la multitude de choses qu’implique un déménagement cette même semaine, Le Dahlia noir de James Ellroy aurait été terminé en une soirée et une nuit tout au plus.


Alors va pour le coup de poing ! Pour la lecture dont on ne sort pas indemne.

Va pour les nuits sans lune et sans sommeil à lire comme on n’avait plus lu depuis longtemps.

Va pour les rares instants où, relevant le nez du roman, on jette un œil inquiet sur la pièce qui nous entoure, à l’affût du moindre bruit suspect, de la moindre intuition fétide.

Va pour la peur qui enserre les tripes et bouscule les organes.

Pour l’horreur même.

Pour l’abjection à l’état pur et l’inimaginable-fait corps.

Va surtout pour un incroyable roman, magistralement mené, infiniment riche, haletant, addictif et merveilleusement écrit. Un polar plus que simplement « inspirés de faits réels » comme on le dit aujourd’hui, un roman intrinsèquement lié au passé de James Ellroy, à son présent et son avenir croit-on comprendre.


Tout part de ce tristement célèbre fait-divers : à Los Angeles, en 1947, le cadavre atrocement mutilé et torturé d’une jeune starlette est retrouvé sur un terrain vague. Si le meurtre est, encore aujourd’hui, considéré comme non-élucidé aux Etats-Unis, James Ellroy (dont la mère a été sauvagement assassinée avant d’atteindre la quarantaine) se sert de cet événement comme point de départ de son roman.


- Accouche.

- O.K. Voici les médecins interdits d’exercer. Harry dit qu’ils avaient un cabinet en ville en 47. Un, Gérald Constanzo, 1841 ½ Breakwater, Long Beach. Deux, Melvin Prasger, 9661, Verdugo Nord, Glendale. Trois, Willis Blatt, comme l’insecte, il est en détention au Wayside Honor Rancho condamné pour revente de morphine en…

Dulange.

Le délirium. »


Il nous livre un texte foudroyant.

Je crois avoir passé la première moitié du livre à me demander à quel moment il basculerait dans l’horreur, et la seconde à ne plus désirer qu’une seule chose : connaître le point d’orgue et en finir vite. Très vite. Sortir de l’abjecte, sortir de l’horreur.

Les rebondissements pleuvent sans arrêt. A chaque fois que l’on pense aboutir à une « résolution » de l’enquête, le mystère s’échappe plus loin et de plus bel, nous entrainant à sa suite en une course effrénée. Alors que nous tentons de nous raccrocher aux branches, que nous commençons à comprendre les liens que parvient progressivement à faire l’inspecteur Bleichert, James Ellroy, virevoltant, nous ôte le peu de pain que nous avions dans la bouche pour nous faire repartir à zéro, épuisés et terrifiés.


Le Dahlia noir est mené avec une maestria capable de faire pâlir les plus riches âmes de détectives. Rien n’est laissé au hasard, chaque morceau d’élément, aussi anodin soit-il (je suis certaine d’en avoir laissé passer une quantité non négligeable) s’imbrique et s’entrelace avec les milles autres qui suivent et nous échappent tout autant. Le tempo ne cesse d’accélérer, les deux-cent dernières pages ne sont qu’une course effrénée vers une résolution que l’on souhaite plus que tout, tout en la refusant d’emblée, si terrible semble-t-elle se dessiner.


Mais on s’accroche, car on aime la noirceur, on aime l’horreur,

à demi-mot certes,

mais tout de même.

Elle nous rassure peut-être. Nous rappelle à notre Humanité.

Quoi que.

Lorsque l’on a lu Le Dahlia noir, on est en droit d’en douter.

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

loudebergh@gmail.com