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  • loudebergh

Le Livre du roi, Arnaldur Indridason.


Si j’admets avoir été passablement déçue par Le livre du roi d’Arnaldur Indridason – pourtant encensé de toutes parts – je dois admettre qu’il a éveillé mon intérêt sur un pan de l’histoire à côté duquel j’étais complètement passée :

la fameuse « affaire des manuscrits islandais ».


Il m’a également incitée à me plonger dans l’excellente Histoire de l’Islande, des origines à nos jours de Michel Sallé et Aesa Sigurjònsdottir et ce, pour mon plus grand plaisir.


*


Ceux qui parmi vous me lisent régulièrement ici, connaissent mon incommensurable amour pour la littérature islandaise.

Jòn Kalman Stefànsson parade en tête des écrivains qui me fascinent et m’émeuvent le plus, suivi de près par les merveilleux Audur Ava Òlafsdòttir, Yrsa Sigurdardòttir et Gunnar Gunnarsson.

Cet amour est si grand que j’avoue caresser secrètement le désir de maitriser un jour cette langue qui, depuis le XIème siècle, n’a presque pas changé.


Bref, lorsque Le livre du roi signé par l’une des plus belles plumes de la « Terre des glaces » s’est retrouvé sur ma pile de livres à lire, c’est le cœur peinturluré d’envie que j’

en ai entamé la lecture. Il aurait de toute façon été assez difficile de résister au synopsis que voici :


Le Livre du roi est un trésor pour lequel certains sont prêts à voler, et même à tuer.

En 1955, à Copenhague, un étudiant se lie d’amitié avec un étrange professeur, passionné de sagas islandaises…ancien propriétaire du fameux manuscrit. Désireux de récupérer ce bien inestimable, ils se lancent dans une quête effrénée à travers l’Europe. Ils vont vivre une aventure qui marquera leur vie à jamais.


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Mais c’est malheureusement sur un sentiment assez mitigé que je termine ma lecture.

Si j’avoue avoir apprécié l’exo fiction qu’est Le Livre du roi et littéralement dévoré une bonne partie du roman, je dois admettre que deux éléments m’ont particulièrement gênée :


J’ai d’abord trouvé le rythme assez peu entrainant. Parfois trop rapide (rendant certaines péripéties peu crédibles) et souvent trop lent (certaines étapes de la recherche du manuscrit m’ont semblé interminables et pleines de redites).

Et j’ai ensuite trouvé le style assez peu intéressant. D’aucun parlerait d’une "écriture blanche". J’ai bien conscience qu’il est difficile d’aborder le style d’un texte lorsque l’on parle de littérature traduite mais tout de même ! Je lis Jòn Kalman Stefànsson et Audur Ava Òlafsdòttir tous deux traduits par l’excellent Éric Boury depuis des années et jamais je n’ai eu d’impression similaire. Dans Le Livre du roi, les mots et les phrases s’enchainent sans relief ni engagement.


*


C’est cependant sur un autre point que j’aimerais revenir.

Le Livre du roi d’Arnaldur Indridason a ouvert dans mon esprit la porte d’une vaste salle dont j’ignorais l’existence et attisé la flamme d’un intérêt nouveau, je le disais, pour la formidable histoire des sagas islandaises et des manuscrits anciens.


Rapide topo pour celles et ceux que cela intéresse : 

Au XIIIème siècle, l’Islande intègre un grand État scandinave placé sous le joug de la monarchie danoise. Si la Suède puis la Norvège finissent par s’en séparer, l’Islande demeure dans l’orbite de Copenhague jusqu’à la Seconde guerre mondiale.

Dépourvue de monuments (l’histoire humaine de l’île ne commence qu’au IXème siècle avec l’installation modeste de moines et de quelques viking expulsés du royaume de Norvège), l’Islande n’a qu’un seul trésor : ses sagas, ces histoires des mondes scandinaves et vikings rédigées par des auteurs islandais anonymes, témoins du monde germano-scandinave qui peuple aujourd’hui notre imaginaire médiéval. Ces textes héroïques et légendaires racontent l’histoire de l’invention d’une société insulaire et du monde dans lequel elle voit le jour. 

Ce sont des ouvrages extraordinaires qui n’ont cessé d’attiser les convoitises des savants et des autorités danoises.
À la frontière entre les XVII et XVIIIème siècles, un érudit du nom d’Arni Magnusson débarque en Islande porteur d’une lettre royale le chargeant de rassembler tous les manuscrits médiévaux possibles. 
Pendant dix ans, il sillonne l’île et écume les ventes aux enchères, reconstituant ainsi près de 500 manuscrits (les plus anciens datant du XIIème siècle), parfois feuille à feuille. Et malgré la destruction de nombre d’entre eux dans le terrible incendie de 1728, l'essentiel de sa collection est léguée à l’Université de Copenhague. 

Mais en 1944, l’Islande déclare son indépendance à la faveur de l’occupation nazie de sa métropole danoise et entame une série de négociations avec le Danemark pour récupérer les précieux ouvrages, ses trésors nationaux. 
Le 21 avril 1971, le retour sur l’île du Flateyjarbòk et du Codex Regius est célébré en grandes pompes. Les restitutions se succèdent jusqu’en 1997 mais le Danemark possède encore plusieurs pièces de la collection Magnusson, au grand dam de l’Islande.

Vous l’avez compris, si Le livre du roi d’Arnaldur Indridason ne restera sans doute pas gravé dans ma mémoire de lectrice, je lui suis extrêmement reconnaissante de s’être emparé d’un sujet qui m’a littéralement passionnée.


Je ne peux d'ailleurs que vous engager à écouter l’émission de France Culture « Les sagas d’Islande : histoire d’une restitution postcoloniale réussie ».

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