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  • loudebergh

Les femmes de Heart Spring Mountain, Robin MacArthur.


L’écriture de Robin MacArthur est un petit miracle.

Ce n’est pas moi qui le dis mais un journaliste de Télérama. Inutile de préciser que je n’en pense pas moins.

C’est un concentré de sensations, une avalanche d’amour, une douleur enfermée dans la poitrine, une explosion d’émotions.

C’est tout simplement beau.


Chaque mot a fait grésiller mon cœur d’une ardeur délicieuse, chaque ligne l’a emporté plus loin, dans les montagnes du Vermont et jusqu’aux cimes de Heart Spring Mountain. En quelques paragraphes, j’étais ailleurs, l’esprit en vadrouille, les sens en alerte. Le nez au vent, les yeux plongés dans les remous du torrent.

Il faut être magicienne pour emplir ses phrases de tant de pureté, d’un tel souffle, d’une telle sincérité. Pour donner à une chouette des vertus mirifiques et faire d’une tennis blanche un objet fascinant.

C’est un livre immense comme le ciel qui nage au dessus de la nature sauvage de cet Etat du nord des Etats-Unis, lumineux comme les astres qui envahissent la voie lactée, infini comme la réflexion qu’il pose sur notre lien à la terre natale et sur l’avenir de notre planète.

Un livre qui me laisse sans voix. Subjuguée. Passionnée.

Août 2011. L’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation. Loin de là, à la Nouvelle Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête. Cela fait longtemps que la jeune femme a tournée le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d’autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain.

Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies. Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c’est aux secrets des générations de femmes qui l’ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu’elle a tant voulu fuir.

« Bleu, ça te va ? » chuchote-t-elle, et Hazel acquiesce de la tête.

« C’est magnifique », ajoute Vale en lui appliquant sur les paupières de fard étincelant. Mélangeant le bleu et l’argent, imagine Hazel, si bien qu’on dirait la lumière de la lune sur la terre enneigée. Mais pour la première fois depuis longtemps, elle ne pense pas à la terre. Elle ne pense qu’à ces doigts sur ses joues, sur ses paupières, et caressant la peau souple sous ses oreilles. »

Les femmes de Heart Spring Mountain sont tombées entre mes mains de la plus douces des manières. A Vevey, à côté du Bout du monde, se cache une petite librairie magnifique tenue par un ancien architecte féru de littérature et adepte de la lenteur : Cédric Simon. J’avais l’habitude d’y venir une ou deux fois par mois, et de prendre un livre au hasard (souvent d’occasion, il y en a 15 000 sur ses étagères) sachant que je ne serais pas déçue. Je n’avais jamais réellement osé entamer une discussion avec Cédric, il était bien souvent en conciliabule avec d’autres clients lorsque je passais la porte et la timidité qui me ronge dès que je me sais proche de grands Hommes m’avait toujours tenue à l’écart.

Mais pendant le confinement, alors que sa librairie était fermée, je me suis abonnée à la page Facebook de L’imprudence (merveilleux nom pour une librairie, non ?) et ai découvert qu’il se proposait d’envoyer par la poste à ses clients ses essentiels. Des livres qu’il choisissait pour eux, connaissant leurs goûts, leurs envies et leurs passions, dans le but de les surprendre, de leur ouvrir un nouvel horizon en faisant d’eux, chaque jour un peu plus, des êtres pensant. C’est ainsi qu’un merveilleux matin de mai, j’ai reçu dans ma boîte aux lettres un colis aux allures d’infini, contenant entre autres joyaux Les femmes de Heart Spring Mountain.

« Quant à expliquer à sa mère les raisons pour lesquelles elle reste avec Stephen…Ces matins d’autrefois où il écartait les cheveux de son visage pour la réveiller. Le regard qu’il posait alors sur elle – son air étonné, à chaque fois. Son odeur – de sous-bois, de sueur aux senteurs de terre, de sel. Sa façon, lorsqu’ils font l’amour – de moins en moins souvent ces derniers temps -, de laisser échapper un cri à la dernière minute, une vague de douleur, de joie et d’amour qui inonde les combles plongés dans l’obscurité. La tendresse avec laquelle, après, il enfouit le visage dans les replis de son corps, caresse sa peau nue et murmure : « Merci. » Comment dire tout cela à sa mère ? Le fait que la tristesse embrumant les yeux de Stephen ne soit pas quelque chose qu’elle a envie de fuir, mais plutôt qui les rapproche. L’abnégation avec laquelle, quand Danny était bébé, il allait le chercher la nuit, le prenait dans ses bras, le berçait et le consolait pour qu’elle puisse continuer à dormir. La générosité avec laquelle il lui a offert ce chalet, ce pan de montagne, cet enfant, cette chance de vivre autrement. »

Les femmes de Heart Spring Mountain.

Un souffle, un joyau, une pépite.

Un diamant brut, non raffiné. Terriblement sensuel.

Des personnages attachant que l’on aime, comprend et attend de la plus délicieuse des manières.

Des secrets entremêlés que l’on se plait à délacer, des récits qui se conjuguent à tous les temps.

De l’abnégation, de la folie et un désir immense de faire du monde une demeure plus juste.

Enfin, le Beau à l’état pur, coincé entre les pages d’un roman.

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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