Les indignes, Agustina Bazterrica.
- loudebergh
- il y a 13 minutes
- 2 min de lecture

Il y avait l’envie de lire autre chose. Sortir des histoires de famille, de filiation et de secret. Sortir de ce que l’on se plait à nommer « littérature générale » soit, rappelons-le : celle qui concerne, réunit la totalité ou la majorité des membres d'un groupe. Entendez par là : hors de l’Eglise point de Salut, lisez Littérature ou ne lisez pas.
Le hic, c’est que Littérature est finaude. Elle ne se contente pas des espaces autorisés, des places banalisées et des couvertures blanches jaunes ou écrues. Littérature s’immisce dans les genres les plus divers et fait bombance. – Notez au passage que je parle bien de la Littérature et pas de la lecture, que je parle de cet art créateur de pensée et d’univers, d’espace et de temps.
J’ai eu envie de jeter un œil à ces ailleurs littéraires – dystopies, sciences-fictions, littératures de l’imaginaire, selon l’expression consacrées – loin des histoires de papa et de maman dont la rentrée littéraire regorge. Attirée par sa couverture rouge aux relents de Servante écarlate j’ai commencé ma quête d’ailleurs par Les indignes de l’Argentine Agustina Bazterrica, une dystopie aux allures de conte, redoutable de grâce et de férocité.
*
Au sein de la Maison de la Sororité Sacrée, les coups de fouet de la redoutable Sœur Supérieure rythment le quotidien strictement réglé des « indignes ». Pétries de jalousie, elles se tendent des pièges cruels dans l'attente de savoir qui sera la prochaine heureuse élue à rejoindre les « Illuminées ». C’est le voeu le plus cher de la jeune femme qui raconte cette histoire, au fil d'un journal dans lequel elle s'épanche nuit après nuit, au péril de sa vie. Peu à peu lui reviennent en mémoire les souvenirs d'avant l'effondrement du monde, avant que la Maison de la Sororité Sacrée ne s'impose comme l'ultime refuge.
Un jour, elle découvre une errante aux abois et l‘aide à intégrer la communauté. Alors qu'un lien étroit se noue entre elles, il apparaît vite que Lucía est spéciale. Et que son arrivée apporte enfin une lueur d’espoir dans un monde de ténèbres.
*
Les indignes est une dystopie aussi envoutante que glaçante. Si elle revêt parfois les atours du conte, c’est pour mieux questionner les croyances, les règles et les hiérarchies que nous mettons en place pour faire société. Ce faisant, elle offre une vision vertigineuse de notre humanité.
C’est un court récit – à peine 200 pages – dans lequel on s’immerge dès les premières lignes. Tranchant, haletant, étrange au possible, il est l’ailleurs pas définition, et détricote avec style et conviction les mécanismes de pouvoir et de domination.
Et s’il aurait mérité davantage de développement, une assise moins ébauchée et des bases théoriques plus approfondies sur le pourquoi de la situation, s’il m’a manqué une intention derrière ce texte aussi, Les indignes donne néanmoins à lire un monde terrifiant résolument réussi et précipite son.a lecteur.ice dans les méandres de la déshumanisation, de la folie du pouvoir et des lueurs de l’espoir.





Commentaires