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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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Mon chien Stupide, John Fante.




Un jour je comprendrai,

pourquoi les bêtes en général

et les chiens en particulier,

m’émeuvent tant.


Quelle est cette capacité étrange,

celle de savoir toucher,

en plein dans le mille,

en plein dans le cœur,

systématiquement ?


Un jour, j’arriverais peut-être à les considérer comme de simples compagnons,

amis de route,

camarades de vie

de joie, de peine.

Un jour, il se peut même que j’accepte de ne plus en avoir un

en permanence

à mes côtés,

vautré sur un tapis,

ou sur un canapé.


Mais ce jour n’est pas arrivé.

Et j’espère qu’il ne pointera jamais le bout de son nez. J’aurais trop peur de perdre quelque chose.

Mon humanité sans doute.

Ou un truc de la sorte.


Lorsque j’ai lu Mon chien stupide de John Fante, j’ai su que ce jour n’arriverait pas. Jamais.


Cette fulgurance m’est apparue dans son plus simple appareil, au terme de ce merveilleux petit roman. 185 pages d’une infinie drôlerie, d’une tragique ironie, d’une bouleversante vérité.

En 1987, Pierre Roudil du Figaro Magazine nous conseillait de nous y plonger immédiatement en cas d’idées noires. Qui sait, disait-il, peut-être en sortirions-nous revigorés ?


« A l’époque, je voulais me faire une place au soleil. Oh Dieu, Harriet, nous sommes mariés depuis si longtemps que j’oublie parfois que toi aussi, tu as des émotions. Le mariage brutalise un homme. La paternité aussi. Et puis le chômage. Et les chiens. Qu’allons-nous faire de ce putain de chien ? ».


Et comment ne pas l’être ? Franchement ? Avec Henry Molise, un quinquagénaire, écrivain raté de surcroîts, vivant sur le bord du Pacifique avec sa femme et ses quatre enfants qui le font tourner en bourrique, une utilisation déraisonnée de l’alcool et des injures et l’adoption d’un énorme chien, Stupide, cherchant désespérément à sauter sur tout ce qui est de sexe masculin, de près ou de loin, bipède ou quadrupède, comment ne pas être revigoré ?


Dans ce roman alerte, enjoué, terriblement iconoclaste et parfaitement hilarant, John Fante nous prend vigoureusement par le bras et nous emmène, au cœur de la famille Molise.

Famille. Voilà, le mot est lancé. Pourtant, parfois, Henry aimerait que cela ne soit pas le cas. Il voudrait partir à Rome. Tout quitter. Plaquer sa femme complètement déprimée, Dominic, son fils, premier du nom, amouraché d’une jeune « négresse » comme on le dit encore au cœur des famille WASP, Denny son deuxième, persuadé qu’Hollywood l’attend les bras grands ouverts, Jamie le troisième en passe de partir à l’armée et Tina, la benjamine, folle d’un sergent bête à crever.

Depuis que Rocco, son bien-aimé bull-terrier est mort, Henry n’arrive plus à écrire. Il n’arrive plus à rien d’ailleurs. Même ses plus piètres scenarii ne font plus recette. Il coule.


« Il était un chien, pas un homme, un simple animal qui en temps voulu deviendrait mon ami, emplirait mon esprit de fierté, de drôlerie et d’absurdité. Il était plus proche de Dieu que je ne le serais jamais, il ne savait ni lire ni écrire, et cela aussi c’était une bonne chose. C’était un misfit et j’étais un misfit. J’allais me battre et perdre ; lui se battrait et gagnerait. Les grands danois hautains, les bergers allemands arrogants, il leur flanquerait une bonne dérouillée, il en profiterait même pour les baiser, et moi je prendrai mon pied. »


Mais un jour, un nuit, Stupide entre en scène.

Il est énorme.

Soixante-kilos de poils, de muscles et de bave,

Une obsession sexuelle non-dissimulée,

une centaine de tentatives de viol à son actif,

une bonté à n’en plus savoir que faire

et une intelligence infinie.


Entre avec lui une pépite. Un coup de poing. Un coup de cœur.


John Fante nous livre un roman trash et insolent. Un livre délicieusement barré dans lequel un chien libidineux devient le révélateur d’une famille qui ne cesse de se déliter. Ca crie, ça gueule, ça insulte ; avec une superbe indéniable qui fait chaud au cœur ! Chaque scène est plus cocasse que la précédente, les dialogues sont acerbes, ciselés et superbement corrosifs.

Avec Mon chien stupide, John Fante nous met entre les mains une perle férocement caustique au cynisme rafraichissant qui saura nous bouleverser et nous clouer au tapis une fois sa dernière phrase lâchée.

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