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  • loudebergh

My absolute darling, Gabriel Tallent.


My absolute darling n’a certainement pas besoin d’une chronique de plus à son sujet pour continuer d’exister dans le cœur, le corps et l’âme de ses lecteurs.

Il a déjà su conquérir des milliers d’anonymes de par le monde, se frayer un chemin au creux de leur cervelle, se lover dans leur sein et déchirer les plus infimes particules de leur être.

Il a su être immense et audacieux, infini et terrifiant.

Transformer ses pages en peur à l’état pur, ses mots en vomissures, ses chapitres en coups de boutoir sur nos âmes trop fragiles.

Il a su être tout et rien à la fois, nous donner tellement et en reprendre le double, nous faire frémir à n’en plus pouvoir bouger, nous faire hurler intérieurement comme jamais, nous révulser à n’en plus savoir quoi dire,

et nous donner envie de fuir loin, très loin de lui, de nous, de ce monde dans lequel, de telles histoires,

parfois,

n’en sont pas,

on le sait.


Alors faisons court et sobre.

Même si tu aimes à te dire que les best-sellers, ça n’est pas pour toi,

qu’il y a bien assez de merveilles littéraire de par le monde pour se devoir d’en lire une que tous encensent,

que comme tout ce qui se vend bien et se passe sous le manteau, la qualité n’est certainement pas là,

garde tes préjugés dans ta poche, file chez ton libraire, dans ta bibliothèque ou écris-moi (je t’envoie mon exemplaire avec joie), et empare-toi de ce roman, de cet absolu.


« Et même si tu n’en parles à personne, si tu ne montres aucun signe, si tu ne pipes pas un seul mot, mais que quelqu’un, n’importe qui, vient me voir et se contente de faire la moindre allusion, je tranche ta petite gorge et ce sera un putain de spectacle magnifique. Et on verra bien à ce moment si quelqu’un peu t’avoir. On le saura. Réfléchis bien. Tu fais partie du voyage, petite pouffiasse. On verra bien quel genre de lumière brille dans tes yeux, quel genre de petite étincelle ineffable s’y éteint. Je regarderai tes foutues petites cornées sécher comme des écailles de poisson. »


A quatorze ans, Turtle alias Julia alias Croquette, arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un couteau pour seuls compagnons.

Et même si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous l’emprise d’un père charismatique, terrifiant et abusif.

Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen philosophe et blagueur, qu’elle intrigue et fascine tout à la fois. Poussée par cet amour naissant, Turtle décide d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.


Si ce résumé (fourni par les merveilleuses éditions Gallmeister) semble simpliste et grossier, rien dans le roman initiatique ne l’est, et c’est indéniablement ce qui fait sa force. Jamais Turtle ou Martin (son père) ne plongent dans la caricature, ils sont sans cesse doubles, triples, perdus et déterminés tout à la fois. Martin, si immonde puisse-t-il être, n’est jamais entièrement sombre et mauvais ; parfois dans son obscurité, il sait glisser une pointe de lumière et se montrer infiniment aimant (du moins le croit-il). Turtle elle, n’est pas la victime apeurée, la colombe blanche meurtrie et fascinée par ce père terrible que l’on pourrait imaginer. Elle se révèle d’une force, d’une noirceur parfois et d’une ténacité incroyable. Elle nous scotch au mur et nous colle au tapis en moins de temps qu’il n’en faut pour dire ouf.


Et c’est tant mieux car on n’a pas ce temps.

Si le début du roman peut être un peu long à se mettre en place (c’est le seul bémol que je pourrais apposer), ce n’est que pour magnifier et donner tout son sens à la lente descente aux enfers que constituera la suite, nous embarquant en une valse effrénée, dans les vallées de l’innommable.

Le tout se trouve souligné par un style touffu, étayé, développé et puissant.

Chaque mot, aussi terrible soit-il, est pesé, millimétré, chronométré. Il fuse et traine tout à la fois, s’empare de notre cerveau qui, lui, cherche à le rejeter au plus vite.

Il s’épanouit dans un imaginaire qui frôle le monde du conte et prend toute son ampleur au creux d’une région inaccessible et dure,

aussi âpre que le cœur de Turtle, de Martin et de Cayenne,

ravagé, torturé, violé.

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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