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  • loudebergh

Sale gosse, Mathieu Palain.


On se souvient tous de l’état dans lequel nous avait laissés le film Polisse réalisé par Maïwenn en 2011 :

Abasourdis. Abattus. Lessivés.

Ravagés par tant de violence, tant de coups, tant de sévices.

Les yeux trempés de larmes,

la gorge serrée,

le front bas.

Incapables

devant ces enfances mutilées, oubliées, trop secouées.

Et bien disons qu’il y a un peu de ça - beaucoup même, entre les pages de Sale Gosse de Mathieu Palain. Cette même urgence, ce même dégoût, cette Vérité avec un grand V. Car Wilfried nait du mauvais côté de la vie. Placé dans une famille d’accueil dès le plus jeune âge, il grandit balle au pied dans un centre de formation : à quinze ans, son monde, c’est le foot. Mais une colère gronde en lui. Wilfried ne sait pas d’où il vient, ni qui il est.

Un jour sa rage explose ; il frappe un joueur. Exclusion définitive. Retour à la case départ. Il retrouve les tours de sa cité, et sombre dans la délinquance. C’est là qu’il rencontre Nina, éducatrice de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Pour elle, chaque jour est une course contre la montre ; il faut sortir ces ados de l’engrenage.

Avec Wilfried, un lien particulier se noue.

Les premières pages à peine entamées que nous voilà emportés.

Dans un roman haletant et percutant.

Un roman suintant le vrai (Mathieu Palais, originaire de Ris-Orangis, a intégré une équipe de la PJJ d’Auxerre pour écrire ce qui devait initialement être un article avant de devenir ce livre de 350 pages), la justesse et la fidélité.

Sa plume hyper-réaliste et sans fioriture nous plonge dans un univers bouleversant de rage et d’humanité. Dans les bras et les peurs de Wilfried, Vivianne, Ali, David, Adil, ou Mohamed.

Ces jeunes que la vie a laissé derrière elle avant même de leur laisser une chance.

Ces jeunes que l’on a battus, abandonnés, violés, oubliés, séquestrés, appauvris.

Ces jeunes qui n’ont jamais rien eu.

Et à qui l’on a tout pris.


« Wilfried écoutait, tête basse, posant ses pas dans la craie blanche.

- J’ai vu des joueurs partir avec un pied qui ne leur servait qu’à monter dans le bus, revenir en athlètes, des coureurs de cent mètres, toujours aussi mauvais de ce pied faible. On va te parler de tactique, de préparation physique, tu vas faire de la musculation, mais Will, s’il te plait, n’oublie jamais : le football n’est pas ton métier. Ton métier c’est d’être un enfant. »


Et malgré trois petites déceptions de lectrice (1. Je me suis sentie frustrée par le traitement trop esquissé de la relation pourtant fondamentale entre Wilfried et Nina. 2. Je n’ai pas bien compris la « disparition » de Marc au cours du roman alors qu’il semblait être un personnage-clef au début. 3. Et j’ai trouvé la fin un peu rapide.) je dois avouer que ce premier roman est une belle réussite que l’on dévore en quelques heures. Le style est urbain et prenant, les personnages attachants et criants de vérité, et le décor planté avec justesse et sobriété.


Alors allez-y les yeux fermés, pourrait-on dire.

Quoique…

Gardez les tout de même ouverts : il se pourrait que vous en ayez besoin pour voir autrement la réalité de ces vies que la chance a épargnées.

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