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  • loudebergh

Summer, Monica Sabolo.


Une plume poétique et terriblement envoutante,

des personnages magnétiques et singuliers,

un univers aussi sombre qu’onirique,

une exploration en apnée en bonne et due forme des profondeurs vertigineuses de la psyché,

Summer de Monica Sabolo, c’est tout cela et plus encore. Et crois moi, il serait bien dommage de passer à côté.


D’autant plus qu’une fois les premières lignes lues, il te sera bien difficile de t’arrêter. On ne sait pas tellement où l’on est d’ailleurs, dans quel état ère-t-on ; le roman est inclassable. Un thriller psychologique ? Un roman onirique ? La chronique d’une disparition dont tu tentes de résoudre le mystère durant tout le roman, en échafaudant des plans tous plus mirobolants les uns que les autres ?

Echafaudage du haut duquel tu te sens bien bête une fois le roman terminé, parce que bien entendu, la vérité résidait sous ton nez, juste devant toi ; et que tu n’as pas voulu la voir. Comme le narrateur, tu as préféré te laisser berner par des illusions durant tout le roman parce que c’était diantrement plus confortable. Alors que sous tes yeux s’étalaient le malaise, la peur et le dégoût. Mais rappelle-toi, tu n’as pas voulu le voir.


« Elle parle, comme si ma présence était familière, que j’étais encore ce garçon maigre de quinze ans, et non pas ce type transpirant aux yeux décavés, elle cherche peut-être à se donner une contenance, ou c’est ainsi que cela a toujours été, dans le monde de mes parents : le vernis social et de politesse étouffe les émotions, comme des insectes dans un bocal de verre. »


Lors d’un pique-nique au bord du Lac Léman, Summer Wassner, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse derrière elle l’image d’une jeune fille blonde, lumineuse, joyeuse, courant dans les fougères, ses longues jambes nues sorties d’un petit short en jean, sexy, « glissant dans la vie tel un petit voilier sur la mer ». Disparue dans le vent ? Dans les arbres ? Dans l’eau sombre du lac ? Enlevée ?

Vingt-cinq ans plus tard, son petit frère, Benjamin, submergé par le souvenir, terrassé par des rêves terrifiants et perturbants, ne cesse de voir Summer surgir, spectrale et gracieuse, entourée d’étranges poissons, massés autour d’elle comme pour l’embrasser ? La dévorer ? Alors Benjamin retrace, pour le Dr Traub, l’histoire de sa famille, si parfaite aux yeux du monde, si propre et lumineuse, si bien vernie. Une histoire peuplée de trous, d’oublis, d’années entières dont Benjamin n’a pas gardé un seul souvenir. Du moins le croit-il. Mais alors qu’il cherche seulement à vivre avec ses fantômes et ses démons, il se retrouve entrainé dans une quête personnelle qui l’emmènera à revenir, vingt-cinq ans plus tôt, à cette fameuse journée d’été durant laquelle tout a basculé.


« Elles avaient ensuite couru, dans tous les sens, disparaissant derrière les arbres, puis réapparaissant furtivement, et tandis que le vent portait vers moi leurs voix aiguës, aux accents de plus en plus désespérés, appelant ma sœur, j’étais resté là, absent à la scène, et à la vie, tandis que montait en moi la certitude que c’était arrivé, ce moment que j’attendais depuis toujours, l’effondrement de cet édifice de papier que constituaient nos existences ».


Les signes étaient là pourtant, soigneusement placés tout au long du roman, petits cailloux semés au travers de ta route, sensés te guider et qui pourtant finissent par s’enfoncer entre tes orteils et t’empêcher des marcher. Summer de Monica Sabolo, n’est pas seulement la chronique d’une disparition inquiétante ; c’est le récit de toutes les failles du monde, résumées dans le cœur et l’âme d’une famille suisse rayonnante, bien sous tout rapport, de celle dont tu arrives très vite à te faire une image, une photo un rien surexposée, une peu jaunie sur les bords mais définitivement brillante.

Avec doigté et délicatesse, Monica Sabolo parvient à conjuguer ce monde flamboyant à celui de songes beaucoup plus sombres, peuplés d’inquiétantes algues venues t’agripper les chevilles pour t’entrainer tout au fond d’un lac visqueux, empli de poissons gluants et des silures gigantesques. C’est d’une main de maître qu’elle décrit avec force de détails d’une mirifique profusion les pensées de Benjamin, le retour pas à pas de ses souvenirs qu’il pensait à jamais perdus, les aléas d’un esprit dérouté et terrifié, autocensuré, traumatisé.


«Je regarde les allées et venues des policiers en uniforme qui entrent et sortent en plaisantant, un gobelet de café dans la main, et seuls des objets noirs, indéfinissables, suspendus à leur ceinturon, évoquent un danger flou, une action lointaine, on dirait que toute la violence des hommes est accrochée autour de leur taille, dans cette ceinture qui semble peser une tonne ».


Alors cher lecteur, si tu souhaites dévorer quelques 283 belles pages d’écriture, gorgées de suspense, haletantes, extrêmement justes et délicieusement narrées, c’est vers Summer qu’il faut te tourner. C’est un livre à l’intérieur duquel tu te sentiras comme un poisson dans l’eau, souvent heurté, régulièrement dérangé, mais avec panache et talent. Et cela fait grand bien !

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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