Écrire sa vie, Marianne Chaillan.
- loudebergh
- il y a 12 minutes
- 3 min de lecture

J’ai souvent trouvé une peu vaines les phrases du style « La philosophie aide à vivre ».
Je les jugeais au mieux sorties de bouches que la vie avait (au moins à la marge) épargnées, et plus encore le fruit de récits auxquels même les énonciateurs ne croyaient réellement – récits de façade somme toute, juste bons à remplir les pages des dissertation.
Et bien je me trompais. Sur toute la ligne.
Et aujourd’hui, après la lecture de l’essai philosophique Écrire sa vie de Marianne Chaillan, je peux vous dire que oui, la philosophie aide à vivre.
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Nous chérissons nos vieilles photos de classe.
Quand nous les regardons, nous nous demandons avec nostalgie ce que sont devenus nos camarades perdus de vue depuis des années. Quelle est leur vie, quel chemin ont-ils emprunté ?
Est-ce que tout était joué d’avance ou ont-ils pu choisir leur existence ?
Les ouvrages de développement personnel répondent sans appel : nous pouvons et même devons devenir les auteurs de notre vie. Pour Marianne Chaillan, cet impératif de liberté est une imposture nous condamnant, paradoxalement, à la plus grande servitude. Car trouver un véritable chemin de libération pour écrire sa vie n’est pas chose aisée. L'endroit et l’époque où l’on naît, notre famille et son histoire, tous ces faisceaux de déterminismes ne dessinent-ils pas, pour nous et par avance, les lignes de notre existence ?
Convoquant la philosophie, la pop culture et la littérature, l’autrice nous invite à une quête passionnante : la recherche de notre liberté, par-delà le destin et la volonté.
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J’ai découvert Marianne Chaillan sur le plateau de la Grande Librairie. À chacun de ses passages, j’étais emportée par sa force de conviction, sa joie en tout, son enthousiasme redoutable et son énergie communicative. La grande dame n’avait pas manqué sa vocation – prof de philo à Marseille, cela lui allait comme un gant!
Mais la prof de philo se pique de littérature et écrit comme elle respire, avec une puissance inimaginable. Elle parvient à donner corps à une pensée complexe avec les mots les plus simples, les orchestrant dans un si grand bonheur que l’on ne peut ne pas être emporté.e. On lit ses textes comme on l’écoute : le sourire aux lèvres et la joie au cœur.
Loin des ouvrages de développement personnel, narcissiques, mensongers et culpabilisateurs, Écrire sa vie pose un regard sensible et passionnant sur ce que c’est que de vivre, entre déterminisme et total libre-arbitre.
Une à une, Marianne Chaillan pose et expose les grandes forces à l’œuvre dans l’ouvrage de notre vie : le destin, la volonté, les choses, et avance un chemin loin des discours prêts à penser et abrutissants. Un chemin de connaissance et de compréhension (des déterminismes, des causes et de leurs effets) seul moyen de souveraineté retrouvée.
En s’appuyant sur des textes qui ont traversé les temps, combinés à son expériences personnelle, Marianne Chaillan nous propose de faire jaillir une puissance dans l’accomplissement de laquelle réside notre propre liberté. Il s’agit de comprendre la nécessité, d’augmenter notre part d’agentivité, de créer par le récit que nous en faisons une identité narrative toujours en perpétuel devenir.
Écrire sa vie est un texte révolutionnaire et vivifiant.
De quoi vous donner envie de croquer à pleines dents
votre unique matinée de printemps.
Un bain de jouvence littéraire et philosophique que je vous recommande.
Chaudement.





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