Notes à John, Joan Didion.
- loudebergh
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Il y a ce regard, sur la photo choisie pour la couverture des Notes à John, ce regard qui dit la tristesse, la détermination, l’absence peut-être, la solitude aussi, la rectitude. Il y ces bras croisés, la minceur d’une nuque, la peau fine comme du papier. Il y a ces photos encadrées en arrière-plan, posées sur le bureau, ces dossiers soigneusement rangés, cette boîte de mouchoir prête à accueillir les larmes. Et il y a ces briques grises dont est fait le mur d’en face, ces briques qui s’amoncellent jusqu’au ciel en une muraille infranchissable.
Cette image, je l’ai regardée beaucoup, je l’ai scrutée même, dans ses moindres détails. J’ai cherché à la comprendre, je m’y suis abîmée aussi. Mais de la femme qui y était représentée est née une amie.
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Peu après la disparition de Joan Didion en 2021, une liasse de feuilles est retrouvée dans un dossier près de son bureau – l’unique exemplaire d’un journal adressé à son mari John Gregory Dunne, rédigé durant une période douloureuse pour l’autrice et ses proches. Pendant plus d’un an, elle y a consigné avec précision le récit de ses séances hebdomadaires chez son psychiatre.
Publié ici dans son intégralité, ce journal retrace avec une sincérité bouleversante le combat acharné de Joan Didion pour sauver sa fille adoptive de l’addiction et de la dépression. Guidée par un thérapeute d’une rare clairvoyance, elle explore les méandres de la culpabilité et du deuil en interrogeant sans relâche sa propre histoire familiale. Si l’on reconnaît immédiatement la voix singulière de la grande écrivaine américaine, ces pages habitées par le doute dévoilent une franchise et une intimité inédites dans son écriture.
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Celles et ceux d’entre vous qui me lisent régulièrement le savent : je me suis découvert, par l’entremise de Virginia Evans (The correspondent) une passion pour la journaliste, scénariste et autrice américaine Joan Didion. Et après avoir fait mienne il y a peu l’immense Année de la pensée magique, c’est tout naturellement que je me suis dirigée vers ce texte ô combien grandiose – car oui, c’est décidé, malgré son difficile sujet, c’est par cinq que je vais le commander et l’offrir autour de moi –, les Notes à John, qui me semble être un récit absolument fondamental pour quiconque cherche avec passion à comprendre les circonvolutions de l’âme, les affres de la psychologie, les errements de la pensée en chemin sur un divan.
Parce qu’outre l’envie de découvrir tous les textes de Didion, je m’apprête à entamer une analyse. Et – probablement parce que c’est par les livres essentiellement que j’aborde les grandes choses de la vie – je me suis mise en tête de plonger dans ceux qui en parlent le mieux. Il se trouve que les Notes à John traitent du sujet de très très près. Et avec un brio exceptionnel qui plus est.
De « notes », ce texte n’en a que le titre car chaque fragment, chaque « retour de séance » est plus ouvragé, plus soigné, plus travaillé qu’il est imaginable. Joan Didion a un talent des plus certains pour donner à lire les grandes idées qui ont émergé de ses sessions, les rebondissements proposés par son psychanalyste, les enjeux évoqués, les réflexions soulevées. Elle le fait d’une telle façon qu’elle nous parle à toutes et tous. Et si c’est essentiellement de sa fille qu’il est question, des affres de l’alcoolisme dans lesquels elle s’est enfoncée et de comment Joan Didion pourrait l’aider à s’en sortir, elle donne à son récit une portée universelle.
Je trouve complètement fou qu’un texte qui n’avait aucune vocation à être rendu public soit si magistral. Cette prise de conscience n’a fait que renforcer mon immense passion pour Joan Didion, mon admiration pour cette autrice hors du commun, cette mère que la vie n’avait pas épargné, ce petit soldat de plomb à la sensibilité et l’intelligence rare.
Cette histoire m’a d’abord touchée parce qu’elle est très similaire à celle que vivent trois de mes proches. Mais très vite, j’ai senti une bascule et je n’ai cessé d’en souligner des passages (à titre plus « personnel ») ; cette histoire n’était plus seulement celle de ma famille, le fonctionnement et les peurs de Joan Didion m’évoquaient par bien des aspects les miennes. Aussi, je me suis sentie, tout au long de ma lecture, infiniment proche d’elle.
Alors des notes d’analyse comme ça, croyez-moi, on en veut tous les jours. Parce que ce n’est pas sous le sabot d’un cheval que vous trouverez des feuillets rédigé avec un tel soin, une telle acuité, une telle précision. Ce n’est pas tous les jours que vous verrez une finesse psychologique telle, une façon de la mettre en perspective, de l’auréoler d’idées, de la tresser de liens. Non, ce n’est pas tous les jours, alors je vous en conjure, lisez les Notes à John, cette méditation poignante sur la maternité et les tragédies personnelles.
