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  • loudebergh

Un don, Toni Morrison.


La voix que Toni Morrison fait sonner dans chacun de ses romans,

épique, grandiose et infatigable,

compte très certainement parmi ce que le monde des Lettres a de plus précieux.


Les textes de l’autrice américaine n’ont rien de ce qu’Alice Zeniter qualifie de « fiction as usual », ce sont des chants,

terribles et lancinants,

plus puissants qu’un tremblement de terre, plus dangereux qu’un tsunami, plus déstabilisants qu’une déflagration.

Ce sont des forces pures et entières,

des noyaux d’énergie lancés à pleine vitesse,

des joyaux inestimables enrobés de terre glaise.


J’avais été emportée par L’œil le plus bleu, il y a quelques années, subjuguée par Beloved, captivée par Love, et je dois avouer qu’Un don m’a submergée, littéralement.


*


Les éditions Christian Bourgeois ont choisi, en quatrième de couverture, de présenter l’ouvrage en reprenant les mots de Michiko Kakutani, journaliste au New York Times. Les voici :

« Situé deux cents ans avant Beloved, Un don évoque, dans la même prose lyrique et verdoyante qui caractérisait son précédent roman, le monde beau, sauvage et encore anarchique qu’était l’Amérique du XVIIème siècle. Toni Morrison a redécouvert une voix pressante et poétique qui lui permet d’aller et venir avec autant de rapidité que d’aise entre les mondes de l’histoire et du mythe, entre l’ordinaire de la vie quotidienne et le royaume de la fable.

Un don, récit déchirant de la perte d’une innocence et de rêves brisés, est dès à présent à ranger parmi les écrits les plus obsédants de Toni Morrison à ce jour. »


*


Cette voix dont parle Michiko Kakutani ne se laisse pas saisir sans y laisser quelques plumes. Dans ce texte, traitant de la servitude plus que de l’esclavage, le passé et le présent s’entremêlent sans cesse, parfois au sein d’une même phrase, les points de vue changent en permanence et les discours avec.

Il faut accepter de relire une fois, deux fois, trente fois une phrase parfois, pour la sentir infuser dans son sang et faire battre son cœur.

Il faut accepter de se laisser porter aussi. De laisser le temps faire, la langue nous guider, la poésie nous emporter de sa force implacable.

Il faut accepter que chacune des phrases de Toni Morrison est un trésor à découvrir, un bijou à déterrer, un don somme toute.


Les dernières pages de ce roman, déchirantes de grâce, sont à ranger parmi les plus grandes que la Littérature compte,

de celles qui nous font hésiter franchement à ne pas reprendre le livre une deuxième fois,

pour voir,

juste pour voir,

la sève qui cette fois,

irriguera notre palais et fera battre le tambour de notre âme.

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