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  • loudebergh

Le Chant de Salomon, Toni Morrison.


J’ai pensé à ma fille, âgée de deux ans, lorsqu’en terminant Un don de Toni Morrison, j’ai eu immédiatement envie de poursuivre mon chemin dans les pas de l’autrice américaine.

Mon aînée a en effet cette faculté incroyable, lorsque nous terminons ensemble la lecture d’un album de T'choupi – c’est sa marotte par les temps qui courent –, de demander à ce que l’on en lise un autre, puis un autre et encore un, à peine le livre refermé.

Comme s’il ne fallait pas rompre l’enchantement,

comme s’il était vital de continuer à chevaucher l’air soulevé par ses mots.


Ainsi, en refermant Un don la semaine passée, j’ai ressenti comme un besoin irrépressible de m’emparer d’un autre roman de Toni Morrison.

Il me fallait goûter son verbe une fois encore, m’enivrer du suc de ses phrases, me perdre dans les méandres de son intelligence.

J’avais déjà lu L’œil le plus bleu, Beloved, Love et Un don, et c’est tout naturellement que j’ai attrapé dans ma bibliothèque mon vieil exemplaire acheté d’occasion il y a plusieurs années du Chant de Salomon.


*


Voici ce qu’en dit l’éditeur :

Dans ce roman fleuve à l’envergure impressionnante, l’autrice américaine est retournée aux sources de l’odyssée du peuple noir américain et en a fait jaillir un roman-continent plein d’odeurs et de sensualité, de cruauté et d’humour. Si le livre parait centré sur le destin d’un jeune homme en mal d’adolescence, son initiation amoureuse et sexuelle, sa chasse aux lingots d’or abandonnés par son père, le Chant de Salomon est, avant tout l’opéra de l’esclavage, la résurrection foisonnante des légendes africaines que la tradition orale a transmises de génération en génération et auxquelles Toni Morrison donne enfin voix, forme et éternité.


*


Je dois avouer que, plus que tous les autres livres de Toni Morrison, ce roman a franchement déstabilisé la lectrice que je suis. Et si je commence à « connaître » la langue de l’autrice, son phrasé si plein d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs, les thèmes qui lui sont chers et dont elle fait Littérature avec une maestria qui n’est pas à démontrer, je reconnais avoir eu quelques difficultés à entrer dans cette odyssée exceptionnelle. Pas que je ne comprenais pas ce qui se tramait sous mes yeux, mais parce que j’avais le sentiment de passer à côté de quelque chose. Comme si mon regard refusait de voir ce que j’avais pourtant sous le nez.

Mais je me suis accrochée. Parce qu’on ne démissionne pas d’un Toni Morrison si facilement d’abord et surtout qu’à chaque fois que j’hésitais franchement à refermer le livre pour ne le rouvrir que dans quelques années, une phrase, un paragraphe, une page, m’alpaguait et m’incitait à y revenir.


Et grand bien m’en a fait ! Car si le Chant de Salomon n’a rien de facile, d’accessible et de tout cuit dans le bec, il est construit sur un déferlement de rages et de grandeurs.

Il y est question de vie et de mort bien sûr,

d’amour (sous toutes ses formes, les plus destructrices notamment, les plus dévoyées) et de haine,

et du fatalisme du nom que l’on porte, souvent malgré soi, lorsque l’on a été coupé de ses racines.

À l’individualisme bourgeois s’oppose l’idéal du peuple noir, de la communauté rêvée, du féminin ancré dans les traditions,

à la grandeur du baptême répond le vide (ou le trop-plein) laissé par l’illettrisme, le non-choix, la soumission,

et face au manichéisme s’élève la complexité et le temps long.


C’est un texte exceptionnel que voilà,

si riche qu’une seule lecture ne pourrait le contenir à elle seule,

permettre d'en prendre la vraie mesure,

plus lourde de multiples sens qu'aucun autre texte de Toni Morrison.

Chaque personnage est une énigme en soi, chaque prénom une histoire emmêlée de drames, chaque péripétie un évènement à part entière, résonnant avec la précédente de la plus admirable des manières.

Un récit à mettre dans des mains prêtes à réfléchir quelque peu et se laisser porter

beaucoup.

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